dimanche 14 décembre 2014

Fernando Pessoa "O Mostrengo / L'horrible monstre"

Fernando Pessoa (1888-1935)  - poète portugais


O mostrengo                               L 'horrible monstre



O mostrengo que está no fim do mar            Le monstre qui est au bout de l’océan

Na noite de breu ergueu-se a voar;                       Une nuit de brai se mit à voler;

À roda da nau voou trez vezes,                            Autour du navire il vola trois fois,

Voou trez vezes a chiar,                                   Trois fois il vola en hurlant

E disse: «Quem é que ousou entrar                         et il dit: “Qui a osé entrer

Nas minhas cavernas que não desvendo,                   Dans mes cavernes que je ne devoile pas
Meus tectos negros do fim do mundo?»                     Mes toits noires du bout du monde?””
E o homem do leme disse, tremendo:                      Et l’homme du gouvernail a dit, en tremblant:
«El-rei D. João Segundo!»                                        “Le roi Jean le second”

«De quem são as velas onde me roço?                               A qui sont ces voiles que je frôle
De quem as quilhas que vejo e ouço?»                               A qui les quilles que je vois et entends?”
Disse o mostrengo, e rodou três vezes,                              A dit le monstre, et il tourna trois fois
Três vezes rodou imundo e grosso.                              Trois fois il tourna, hideux et gras.
«Quem vem poder o que só eu posso,                               “Qui a le pouvoir qui n’est qu’à moiQue moro onde nunca ninguém me visse                              Moi qui habite où personne ne me voit
E escorro os medos do mar sem fundo?»                           Et je destille les peurs de la mer sans fond
E o homem do leme tremeu, e disse:                               Et l’homme du gouvernail trembla, et dit
«El-rei D. João Segundo                                         “le roi Jean le second!”

 Três vezes do leme as mãos ergueu,                                  Trois fois du gouvernail les mains il leva
Três vezes ao leme as reprendeu,                                Trois fois sur le gouvernail il les remit
E disse no fim de tremer três vezes:                               Et enfin tremblant trois fois il dit
«Aqui ao leme sou mais do que eu:                                   “Ici au gouvernail je suis plus que moi
Sou um povo que quere o mar que é teu;                       Je suis un peuple qui veut la mer qui est à toi
E mais que o mostrengo, que me a alma teme                  Et plus que le monstre que mon âme craint
E roda nas trevas do fim do mundo,                     Et qui tourne dans les tenébres du bout du monde,
Manda a vontade, que me ata ao leme,                 Commande la volonté qui m’attache au gouvernail
D' El-rei D. João Segundo!»                                         Qui est celle du roi Jean le second”


Il y beaucoup de littérature sur les voyages maritimes, et ce poème se trouve dans les livres scolaires des enfants portugais. J'espère que ma traduction permet de le comprendre.

mardi 9 décembre 2014

Avelina Noronha - "Fragmento de Tempo"


FRAGMENTO DE TEMPO / FRAGMENT DU TEMPS

Voici ma traduction libre en français du poème de mon amie poète et écrivain brésilienne, Avelina Noronha, afin d’aider ceux qui ne comprennent pas le portugais:

Alors qu’éclate dehors
le soleil de midi,
entre les vieux murs
le temps egrène obscur et lentement
son chapelet des heures.
Le temps repose sa tête
sur des coussins de satin blanc
ou de velours brodé.


Le temps sourit dans le mobilier garni
de napperons organdi
ourlés de perlé doré.

Il y a les temps qui se cachent
dans des tiroirs mystérieux et secrets;
ceux qui sommeillent dans des fauteuils paillés,
surveillés par les portraits ronds du mur.

Les temps qui se diluent dans la ligne fragile
tracée entre le passé et le présent,
qui vivent dans les rêves
et dorment dans les pensées


alors qu’éclate dehors
le soleil de midi.



FRAGMENTO DE TEMPO

Enquanto lá fora estoura
o sol do meio-dia,
entre as paredes antigas
o tempo desfia sombrio
e lentamente
o seu rosário de horas.

O tempo descansa a cabeça
sobre almofadas de cetim branco
ou de veludo bordado.

O tempo sorri nos móveis enfeitados
com paninhos de organdi
debruados com perlé dourado.

Há os tempos que se escondem
nas gavetas misteriosas e secretas;
os que cochilam em poltronas de palhinha,
vigiados por retratos redondos na parede.

Tempos que se diluem na frágil linha
traçada entre o passado e o presente,
que vivem nos sonhos
e dormem nas lembranças

enquanto lá fora estoura
o sol do meio-dia.

Avelina Maria Noronha de Almeida                                                                                                                       Ville de Conselheiro Lafaiete, Brasil
Pour visiter le blog de poesies d’Avelina Noronha, voici le lien : 
http://avelinaminhaspoesias.blogspot.pt/

dimanche 9 novembre 2014

Fernando Pessoa "Mar Portugues / Mer du Portugal"


Ma traduction libre d'un poème très connu du poète portugais Fernando Pessoa

Fernando Pessoa (1888 - 1935)

Mar Português / Mer du Portugal


Ó mar salgado, quanto do teu sal Oh mer salée, dans ton sel
São lágrimas de Portugal! Combien de larmes du Portugal!
Por te cruzarmos, quantas mães choraram, Parce nous t’avons sillonnée, combien de mères ont pleuré,
Quantos filhos em vão rezaram! Combien d’enfants ont en vain prié!
Quantas noivas ficaram por casar Combien de fiancées n’ont pu se marier
Para que fosses nosso, ó mar! Pour que tu sois à nous, oh mer!


Valeu a pena? Tudo vale a pena Cela a-t-il valu la peine? Tout vaut la peine
Se a alma não é pequena. Si l’esprit n’est pas mesquin
Quem quere passar além do Bojador Qui veut aller au-delà du Bojador
Tem que passar além da dor. Doit dépasser la douleur.
Deus ao mar o perigo e o abismo deu, C’est à la mer que Dieu a donné le péril et l’abîme
Mas nele é que espelhou o céu. Mais c’est sur elle qu’il fait resplendir le ciel.

 
Je vous laisse écouter les jeunes filles brésiliennes qui recitent le poème tout près de la tour de Belém à Lisbonne: 
 
Declamação do poema Mar Português de Fernando Pessoa Ronaldo Dalla Vecchia

mardi 26 août 2014

Manuel da Fonseca - "Antes que seja tarde / Avant qu'il ne soit trop tard"

Manuel Lopes da Fonseca  (1911-1993) "Antes que seja tarde / Avant qu'il ne soit trop tard"

Je vous invite à apprécier ce joli poème, et pour ceux qui ne connaissent pas le portugais, je présente ma traduction "libre" en aucun cas "professionnelle"!
 

Antes que Seja Tarde / Avant qu’il ne soit trop tard

Amigo, Mon ami,
tu que choras uma angústia qualquer toi qui pleures sur une quelconque angoisse
e falas de coisas mansas como o luar et qui parles de choses douces comme le clair de lune
e paradas et immobiles

como as águas de um lago adormecido, comme les eaux d’un lac endormi,
acorda! réveille-toi!
Deixa de vez Laisse une fois pour toutes
as margens do regato solitário les rives du ruisseau solitaire

onde te miras où tu te contemples
como se fosses a tua namorada comme si tu étais ta fiancée.
Abandona o jardim sem flores Abandonne le jardin sans fleurs

desse país inventado de ce pays inventé
onde tu és o único habitante où tu est le seul habitant.

Deixa os desejos sem rumo Laisse les désirs sans orientation
de barco ao deus-dará de bateau à la dérive
e esse ar de renúncia et cet air de qui renonce
às coisas do mundo. à toutes les choses du monde.

Acorda, amigo, Réveille-toi mon ami
liberta-te dessa paz podre de milagre libère-toi de cette paix pourrie
que existe qui n’existe

apenas na tua imaginação que dans ton imagination.
Abre os olhos e olha, Ouvre les yeux et regarde,

abre os braços e luta! ouvre les bras e lutte!
Amigo, Mon ami,
antes da morte vir avant que la mort arrive
nasce de vez para a vida. naît  pour toujours à la vie.

Manuel da Fonseca, in "Poemas Dispersos"

dimanche 9 mars 2014

António Nobre - "O teu retrato / Ton portrait"

António Nobre (1867-1900) -  "O teu retrato / Ton portrait"

Ma traduction libre de ce poème sur la femme:


O TEU RETRATO –
TON PORTRAIT

Deus fez a noite com o teu olhar,  Dieu a fait la nuit avec ton regard,
Deus fez as ondas com os teus cabelos; Dieu a fait les vagues avec tes cheveux;
Com a tua coragem fez castelos Avec ton courage il a fait des châteaux
Que pôs, como defesa, à beira-mar. Qu’il a posé, en défense, au bord de la mer.

Com um sorriso teu, fez o luar
Avec un tes des sourires, il a fait le clair de lune
(Que é sorriso de noite, ao viandante) (Qui est un sourire de nuit, pour le voyageur)
E eu que andava pelo mundo, errante, Et moi qui parcourait le monde, en errant,
Já não ando perdido em alto-mar! Je ne me retrouve plus perdu en haute mer!

Do céu de Portugal fez a tua alma!
Avec le ciel du Portugal il a fait ton âme
E ao ver-te sempre assim, tão pura e calma, Et en te voyant toujours ainsi, si pure et calme,
Da minha Noite, eu fiz a Claridade! De ma Nuit, j’en ai fait la Clarté!

Ó meu anjo de luz e de esperança,
Oh mon ange de lumière et d’espoir
Será em ti afinal que descansa Serait-ce en toi que, en fin de compte, repose
O triste fim da minha mocidade!
La triste fin de ma jeunesse!

 

Source:http://gavetadenuvens.blogspot.pt/2005/09/poemas-de-amor-portugueses.html

jeudi 9 janvier 2014

Florbela Espanca - Se tu viesses ver-me... / Si tu venais me voir

Florbela Espanca - (1894-1930) - Se tu viesses ver-me... / Si tu venais me voir

(ma traduction libre pour vous aider à connaitre ce joli poème)


Si tu venais me voir...
 

Si tu venais me voir aujourd'hui le soir,

Á l'heure des fatigues magiques,

Quand la nuit tout doucement s'approche,

Et si tu me serrais dans tes bras...
 

Lorsque je me rapelle: cette saveur qu'avait

Ta bouche... l'écho de tes pas...

Ton rire de source... tes étreintes...

Tes baisers... et ta main dans la mienne...
 

Si tu venais quand, belle et folle,

Dessinant les lignes très douces d'un baiser

De soie vermeille, en chantant et en riant
 

Ma bouche est comme un oeillet au soleil...

Lorsque mes yeux se ferment de désir ...
 
Et mes bras se tendent vers toi... 

source, le texte original:

Se tu viesses ver-me...

Se tu viesses ver-me hoje à tardinha,
A essa hora dos mágicos cansaços,
Quando a noite de manso se avizinha,
E me prendesses toda nos teus braços...

Quando me lembra: esse sabor que tinha
A tua boca... o eco dos teus passos....
O teu riso de fonte... os teus abraços...
Os teus beijos... a tua mão na minha...

Se tu viesses quando, linda e louca,
Traça as linhas dulcíssimas dum beijo
E é de seda vermelha e canta e ri

E é como um cravo ao sol a minha boca...
Quando os olhos se me cerram de desejo...
E os meus braços se estendem para ti...

Florbela Espanca (poétesse portugaise)