vendredi 30 mars 2018

D. Dinis - "Amigo, queredes vos ir ? Mon ami, voulez vous partir ?"



La “cantiga de amigo” (chanson de l’ami) est un genre musical que l’on rencontre dans les régions du Portugal et de la Galice (en vieux galaïco-portugais), lié à la poéside lyrique des toubadours qui s’est développée en Europe au cours du Moyen-Âge (du XIIe au XIVe siècles).
Dans les “cantigas de amigo”, le plus souvent la parole est donnée aux femmes, qui par le chant, expriment leurs sentiments, leurs soucis, et/ou leur amour au sujet de l’élu de leur coeur, dans ce cas, l’ami!
En vous invitant à lire et à écouter un des poèmes du roi Dinis Ier, j'ai fait une traduction que j'espère ne sera pas trop mal !

Dom Dinis - Amigo, queredes vos ir?
Publié par sh4m69 Ajoutée le 23 juil. 2011 Dom Dinis - Amigo, queredes vos ir? Publié par sh4m69 Ajoutée le 23 juil. 2011

Intérpretes: Paulina Ceremuzynska

Amigo, queredes vos ir? / Mon ami, voulez-vous partir ?
Dom Dinis

Amigo, queredes vos ir?                 Mon ami, voulez-vous partir ?
-Si, mia senhor, ca nom poss'al     -  Oui, ma dame, je ne peux pas
fazer, ca seria meu mal                   faire autrement, puisque cela serait 
e vosso; por end'a partir              un malheur pour vous et pour  moi, 
mi convem d'aqueste logar;          je dois quitter cet endroit;
Mais que gram coita d'endurar    - Mais quel grand  chagrin je vais devoir
me será, pois m'é sem vós vir!      endurer, car sans vous voir je resterai!
            
Amigu', e de mim que será?          - Mon ami, que vais-je devenir ?
-Bem, senhor bõa e de prez;         -  Eh bien, ma bonne et honnête dame, 
e pois m'eu fôr daquesta vez,           cette fois quand je partirai
o vosso mui bem se passará;        votre bien aimé disparaîtra ;
mais morte m'é de m'alongar     mais je vais mourir si je m'éloigne
de vós e ir-m'alhur morar.             de vous et  loin je vais rester
Mais pois é vós ũa vez ja!            -Eh bien, si pour vous il en est ainsi! 

Amigu', eu sem vós morrerei.        Mon ami, sans vous je vais mourir.
Nom o queirades esso, senhor,        Non, ne veuillez pas cela, seigneur
mais pois u vós fôrdes, nom fôr     car là où vous allez, je n'irai pas 
o que morrerá, eu serei;                   celui qui mourira, çá sera moi;
mais quer'eu ant'o meu passar         mais je préfère ma mort
ca assi do voss'aventurar,                   plutôt que votre malheur
ca eu sem vós de morrer hei!             car sans vous moi aussi je mourrai!

Queredes-m', amigo, matar?               Mon ami, vous voulez me tuer ?
Nom, mia senhor, mais por guardar    - Non, ma dame pour vous garder
vós, mato-mi que m'o busquei.             je me tue car c'est moi qui l'a cherché


"El-Rei D. Dinis Administrando Justiça" (1899), por Veloso Salgado. Painel pintado, no Palácio da Bolsa, Porto, Portugal. (source: Wikipedia)


Le roi Dinis Ier (D. Dinis), surnommé le roi fermier ou le roi poète, qui gouverna le Portugal de 1279 jusqu’en 1325, a laissé une importante oeuvre littéraire et des ouvrages de poésie. Il est considéré comme un des plus grands troubadours de son temps.

dimanche 25 mars 2018

Sophia de Mello Breyner - "MEDITAÇÃO DO DUQUE DE GÂNDIA / Meditation du duc de Gandia"




Sophia de Mello Breyner Andresen (1919 - 2004)
écrivain et poétesse portugaise



Le poème "Meditação do Duque de Gândia" aura été inspiré par un épisode de la mort de l'Impératrice Isabel du Portugal, femme de Charles Quint, le puissant empereur du Saint empire romain.

En 1526, Isabelle de Portugal, considérée comme l'une des plus belles femmes de son époque, part en Castille à la rencontre de Charles Quint, roi d'Hispanie et empereur du Saint empire romain germanique. A ses côtés, elle sera la femme la plus puissante de la chrétienté 
https://www.babelio.com/livres/Gonzaga-Isabelle-de-Portugal-LImperatrice--Le-pouvoir-au/757108



L'impératrice Isabel, née à Lisbonne en 1503, était fille de Manuel Ier, roi du Portugal, de son surnom "le Fortuné", car durant son règne, les caravelles portugaises navigaient sur toutes les mers du monde.
En 1539, la jeune femme meurt en à Tolède à la suite de l'accouchement de son sixième enfant. L'empereur fut en proie à un très grand chagrin et ne remaria plus jamais, ni ne quitta le deuil. Selon ses ordres, le corps de l'impératrice fut transporté de Tolède vers sa dernière demeure à Grenade. Le Duc de Gandia fut un des grands seigneurs qui avait été désigné pour accompagner le cortège funèbre et à qui il fut demandé de témoigner qu'il s'agissait bien du corps d'Isabel du Portugal qui allait être enseveli. L'émotion du Duc qui selon certains nourrissait admiration et un amour platonique pour l'empératrice, a été pris d'une forte émotion devant le visage en décompostion de cette femme, jadis si belle. Devenant veuf, il rentra plus tard chez les jésuites, et aurait declaré:
«No serviré nunca más a señor alguno que pueda morir».

et il bientôt il allait dédier sa vie à Dieu, qu'il considérait immortel



Voici ma traduction pour aider à la comprehension du texte en portugais:


Plus jamais
Ton visage ne sera pur, clair et vivant
Ni ta démarche comme une vague furtive
Nous ne pourrons plus sur les pas du temps tisser.
Et jamais plus, au temps, je ne donnerai ma vie.

Je ne servirai plus jamais un seigneur qui pourra mourir.

La lumière de l'après-midi me montre les débris
De ton corps. Bientôt la pourriture
boira tes yeux et tes os.
Prenant ta main dans sa main.

Je n'aimerai plus jamais quelqu'un qui ne pourra vivre
pour toujours,
Parce que je les aimais comme s'ils étaient éternels
La gloire, la lumière et la luminosité de ton être,
Je t'aimais dans la vérité et la transparence
Et je n'ai plus même pas ton absence,
Tu es un visage de dégoût et de négation
Et je ferme les yeux pour ne pas te voir.

Je ne servirai plus jamais un seigneur qui pourra mourir.



L'émotion du Duc a aussi inspiré les peintres qui ont representé ce moment dramatique qui a suivi la mort d'Isabel
La obra representa la conversión de San Francisco de Borja (1510-1572), marqués de Lombay y luego IV duque de Gandía, tras contemplar el cadáver putrefacto de la emperatriz Isabel de Portuga




http://journals.openedition.org/apparences/1315
«  Su hermosura y gala llevó los ojos de la ciudad » («  Sa beauté et sa parure ont pris les yeux de la ville1 »). Telle fut l’impression causée par Isabelle d’Avis (1503-1539), fille aînée du roi portugais Manuel Ier (1469-1521), dit le Fortuné, plus connue sous le nom d’Isabelle de Portugal, lorsqu’elle fit son entrée à Grenade, le 4 juin 1526, trois mois après son arrivée à Séville pour épouser Charles Quint (1500-1558).

Les portraits de l'impératrice Isabel du Portugal


MEDITAÇÃO DO DUQUE DE GANDIA SOBRE A MORTE DE ISABEL DE PORTUGAL
Nunca mais
A tua face será pura, limpa e viva
Nem o teu andar como onda fugitiva
Se poderá nos passos do tempo tecer.
E nunca mais darei ao tempo a minha vida.

Nunca mais servirei Senhor que possa morrer.
A luz da tarde mostra-me os destroços
Do teu ser. Em breve a podridão
Beberá os teus olhos e os teus ossos

Tomando a tua mão na sua mão.

Nunca mais amarei quem não possa viver
Sempre.
Porque eu amei como se fossem eternos
A glória, a luz e o brilho do teu ser,
Amei-te em verdade e transparência
E nem sequer me resta a tua ausência,
És um rosto de nojo e negação
E eu fecho os olhos para não te ver.

Nunca mais servirei Senhor que possa morrer.

Sophia de Mello Breyner Andresen

Publié par RTP
"Um Poema por Semana" é uma ideia de Paula Moura
Poema MEDITAÇÃO DO DUQUE DE GANDIA SOBRE A MORTE DE ISABEL DE PORTUGAL de Sophia de Mello Breyner Andresen

jeudi 15 mars 2018

Frei Agostinho da Cruz - "Na Serra da Arrabida"



Frei Agostinho da Cruz (1540 - 1619) moine et poète portugais, de son vrai nom Agostinho Pimenta , est né à Ponte da Barca (nord du Portugal) et il est décédé à Setúbal.
Frei Agostinho da Cruz a vécu au Couvent d'Arrábida pendant les 15 dernières années de sa vie.


Agostinho Pimenta (Ponte da Barca, 1540 – Setúbal, 1619), mais conhecido como Frei Agostinho da Cruz, foi um frade e poeta português. Nascido Agostinho Pimenta, adoptou o nome Frei Agostinho da Cruz aos vinte e um anos de idade quando se tornou  frade arrábido. Professou no Convento de Santa Cruz, em Sintra, onde permaneceu durante cerca de quarenta e cinco anos. Passou depois pelo Convento de São José de Ribamar, em Algés, ingressando, mais tarde, no Convento da Arrábida, onde esteve durante quinze anos. source: Wikipedia

Je vous invite à suivre la traduction libre que j'ai fait du poème du moine poète:

Na Serra da Arrábida / Sur la montagne d’Arrábida


Au milieu de cette montagne où se crée,
Ce désir d'une âme pure,
Qui dans la dureté du rocher trouve l'attrait
Le feu brûlant dans l'eau gelée:

De l'oiseau j'entends la melodie,
Je vois la forêt se revêtir de verdure,
Dans le ciel changer la peinture,
Qui en divers sentiments me modifie.

Oh combien la vie est mal gouvernée
Par ceux de la terre qui aux cieux veulent monter
Car de marcher vers la fin, personne ne doute.

Moins de la vie étroite qu'il a choisie,
Par ses disciples la plus suivie,
Jésus Christ, qui sur la Croix est décédé.



Visita Guiada ao Convento de Santa Maria da Arrábida - Portugal 
Publié par João Santos
Ajoutée le 4 avr. 2017

Numa das paisagens mais idílicas do mundo, a Serra da Arrábida banhada pelo Atlântico, fixou-se o mais radical grupo dos franciscanos portugueses: os Capuchos Arrábidos, ermitas cuja regra de vida era a máxima austeridade. Com fundações no início do séc. XVI, o Convento de Santa Maria da Arrábida permanece um deslumbramento e um enigma. O medievalista João Luís Fontes, Investigador do Centro de Estudos de História da Religião da Universidade Católica, conduz-nos nesta visita guiada.


Et voici le texte d'origine

No meio desta serra, onde se cria
Aquela saudade d’alma pura,
Que no duro penedo acha brandura,
Ardente fogo dentro n’água fria:

Ouço do passarinho a melodia,
Vejo vestir o bosque de verdura,
Variar-se no céu outra pintura,
Que em vários sentimentos me varia.

Pasmando de quam mal se gasta a vida
De quem na terra quer subir ao céu
Pois caminhar em fim ninguém duvida.

Menos da vida estreita que escolheu,
Dos seus mais escolhidos mais seguida,
Christo Jesu, que numa Cruz morreu.

Frei Agostinho da Cruz (1540-1619)