dimanche 15 janvier 2017

Ernesto Lara Filho - "Pergunta para meu pai / Question pour mon pere"




Ernesto Pires Barreto Lara Filho est né à Benguela (ville de l’Angola alors colonie portugaise) en 1932. Il est décédé à Huambo em 1977 dans un accident de voiture, à l’âge de 45 ans.



Ernesto Lara Filho était le frère de la poétesse Alda Lara. Pour poursuivre ses études supérieures, il est venu à Coimbra, ville universitaire du Portugal, puis retourna en Angola allant habituer à Luanda.


Comme beaucoup d’étudiants nés en Angola, Ernesto Lara Filho avait embrassé la cause qui visait la création de l’identité pour une Angola indépendante.


Pergunta para meu pai / question pour mon père

Toi
qui là-bas à Benguela
avais la nostalgie du Minho
affichée
dans tous tes regards nostalgiques
dans toutes tes conversations
toi
qui de si loin te rappelais toujours
le Portugal de ton enfance
pourquoi
mon père
me refuses tu le simple droit
d’aimer mon pays
mon Angola ?
Pourquoi me refuses tu tous les jours
à toutes les heures
le droit sacré d’avoir la nostalgie de mon pays
de regarder avec des vues embuées
mais contentes
d’écrire de longues lettres inconséquentes
d’avoir de longues conversations mélancoliques
sur ma terre déflorée
mon Angola ajournée !

Serais-je moi aussi poète
ajourné comme mon pays.
 
Je renierai père et mère
pour ma terre.
Trois fois comme Pierre
l’apôtre
a renié le Christ
trois fois avant que le coq ne chante
aux première heures de l’aube.


Tu,

que lá em Benguela

tinhas saudades do Minho

expressas
em todos os teus olhares saudosos,
em todas as conversas.

Tu,
que sempre recordavas lá tão longe
a tua terra distante
o teu Portugal de menino.

Porquê,
meu pai,
me negas o direito simples
de amar a minha terra,
a minha Angola?
Por que me negas todos os dias
atodas as horas,
o direito sagrado
de ter saudades da minha terra,
de olhar com os olhos embaciados,
mas contentes,
de escrever longas cartas inconsequentes,
de ter longas conversas melancólicas
sobre a minha terra desflorada,
a minha Angola adiada?

Serei poeta também
adiado como a minha terra.
Eu negarei Pai e Mãe
pela minha terra.
Três vezes como Pedro
o apóstolo
negou Cristo
Três vezes antes de o galo cantar
no raiar da madrugada.

ERNESTO LARA FILHO
" Pergunta " (para meu pai)*

Visite à la ville de Benguela d'avant l'indépendance :

Angola de outros tempos Benguela publié par Ilidio G Ferrão


vendredi 23 décembre 2016

Jorge de Sena - "Natal de 1971 / Noel de 1971"


Jorge de Sena (1919-1978)  - poète portugais


Deux liens sur la vie très intense et sur l'oeuvre de ce poète, essayiste, romancier, dramaturge et critique,qui partit pour l'exil au Brésil pour fuir la dictature qui sévissait au Portugal, puis avec le changement politique du Brésil, émigra à nouveau cette fois pour les Etats-Unis:

http://cvc.instituto-camoes.pt/seculo-xx/jorge-de-sena-55876-dp1.html#.WF2XBYXXLIU


Jorge de Sena nasceu em Lisboa, a 2 de novembro de 1919, e faleceu em Santa Barbara, na Califórnia, a 4 de junho de 1978
















Voici ma traduction libre de ce joli poème qui parle de Noël, mais avec beaucoup de questions:

NOËL DE 1971

Noël de quoi? De qui?
De ceux qui ne l'ont pas?
De ceux qui ne sont pas chrétiens?
Ou de ceux qui portent sur le dos
les cendres de millions d'autres?
Noël de paix maintenant
sur cette terre de sang?
Noël de liberté
dans un monde d'opprimés?
Noël de l'injustice
toujours à tous volée?
Noël d'être égaux
dans le fait d'être conçu,
d'un ventre être né,
pour de l'amour souffrir
de la mort mourir,
et d'en être oublié?
Noel de la charité,
quand la faim continue à tuer?
Noël de quel espoir
dans un monde plein de bombes?
Noël de l'honête foi,
de gens qui sont la trahison,
l'horrible haine, la méchanceté,
et même le Noël d'amour ?
Noël de quoi? De qui?
De ceux qui ne l'ont pas,
de ceux qui en regardant au loin
rêvent d'une vie humaine
un monde qui n'existe pas ?
Ou de ceux qui se torturent
et torturés ils le sont
dans leur croyance que les hommes
doivent se tendre la main ?




NATAL DE 1971

Natal de quê? De quem?
Daqueles que o não têm?
Dos que não são cristãos?
Ou de quem traz às costas
as cinzas de milhões?
Natal de paz agora
nesta terra de sangue?
Natal de liberdade
num mundo de oprimidos?
Natal de uma justiça
roubada sempre a todos?
Natal de ser-se igual
em ser-se concebido,
em de um ventre nascer-se,
em por de amor sofrer-se,
em de morte morrer-se,
e de ser-se esquecido?
Natal de caridade,
quando a fome ainda mata?
Natal de qual esperança
num mundo todo bombas?
Natal de honesta fé,
com gente que é traição,
vil ódio, mesquinhez,
e até Natal de amor?
Natal de quê? De quem?
Daqueles que o não têm,
ou dos que olhando ao longe
sonham de humana vida
um mundo que não há?
Ou dos que se torturam
e torturados são
na crença de que os homens
devem estender-se a mão?

Jorge de Sena

dimanche 11 décembre 2016

Antonio Gedeao - "Pedra filosofal / pierre philosophale"


Antonio Gedão - Pedra filosofal - chanté par Manuel Freire - publié par Eduardo Cunha

Antonio Gedeão   –   poète portugais

De son vrai nom Rómulo Vasco da Gama de Carvalho, professeur et poète portugais né à Lisbonne le 24 novembre 1906, décédé en 1997.

Je vous invite à lire et à écouter ce poème écrit dans les années 60, très connu, de ce grand poète portugais du siècle dernier, et pour cela je vous propose une traduction libre du texte:

Pedra filosofal / pierre philosophale

Ils ne savent pas que le rêve
est une constante de la vie
aussi concrète et définie
que n'importe quelle autre chose,
comme cette pierre grise
sur laquelle assis je me repose,
comme ce ruisseau acalmé
en de sereins soubressauts,
comme ces sapins hauts
qui de vert et or s'agitent,
comme ces oiseaux qui crient
en des soûleries d'Azur


Ils ne savent pas que le rêve,
est le vin, l'écume, le ferment,
petit animal vif et assoiffé,
avec son museau pintu,
qui creuse au travers de tout
dans un perpétuel mouvement.


Ils ne savent pas que le rêve
est la toile, la couleur, le pinceau,
la base, le fût, le chapiteau,l'arc en ogive,
le vitraille pinacle de cathédrale,
le contrepoint, la symphonie,
qu'il est la moufle de l'alchimiste,
l'or, la cannelle, l'ivoire,
le fleuret de l'escrimeur,
les coulisses, le pas de danse,
Colombine et Arlequin,
la machine volante,
le paratonnerre, la locomotive,
le bateau à la proue festive,
le haut fourneau, le générateur,
la scission de l'atome, le radar,
l'ultra-son, la télévision,
l'aterrissage en fusée
sur la surface lunaire.


Ils ne savent pas, ni ils devinent,
que le rêve comande la vie.
Qu'à chaque fois que l'homme rêve
le monde rebondit, et va de l'avant
comme un ballon coloré
entre les mains d'un enfant.

António Gedeão, vivant sous le régime de la dictature qui a gouverné le Portugal pendant près de 40 ans jusqu'à la Révolution des Oeillets qui a eu lieu le 25 avril 1974, faisait partie des poètes qui lutaient pour la liberté d'expression.
Dans ce poème, il critiquait la répression sous toutes ses formes; intégré dans le mouvement des artistes engagés, ce poème était un cri de révolte et en même temps d'espoir pour toute une génération.

Et voici le texte original:

Eles não sabem que o sonho
é uma constante da vida
tão concreta e definida
como outra coisa qualquer,
como esta pedra cinzenta
em que me sento e descanso,
como este ribeiro manso
em serenos sobressaltos,
como estes pinheiros altos
que em verde e oiro se agitam,
como estas aves que gritam
em bebedeiras de azul.

Eles não sabem que o sonho
é vinho, é espuma, é fermento,
bichinho álacre e sedento,
focinho pontiagudo,
que fossa através de tudo
num perpétuo movimento.

Eles não sabem que o sonho
é tela, é cor, é pincel,
base, fuste, capitel,
arco em ogiva, vitral,
pináculo de catedral,
contraponto, sinfonia,
máscara grega, magia,
que é retorta de alquimista,
mapa do mundo distante,
rosa dos ventos, Infante,
caravela quinhentista,
que é cabo da Boa Esperança,
ouro, canela, marfim,
florete de espadachim,
bastidor, passo de dança,
Colombina e Arlequim,
passarola voadora,
para-raios, locomotiva,
barco de proa festiva,
alto-forno, geradora,
cisão de átomo, radar,
ultra-som, televisão,
desembarque em foguetão
na superfície lunar.

Eles não sabem, nem sonham,
que o sonho comanda a vida.
Que sempre que o homem sonha
o mundo pula e avança
como bola colorida
entre as mãos de uma criança.

António Gedeão




samedi 19 novembre 2016

Fernando Pessoa: "A criança que fui chora na estrada/ l'enfant que j'ai été pleure sur la route"



Fernando Pessoa (1888-1935)  - poète portugais

A criança que fui chora na estrada (1933)

voici ma traduction libre de ce joli poème qui porte toute la nostalgie des temps de l'enfance!


L'enfant qui j'ai été pleure sur la route


L’enfant que j’ai été pleure sur la route.
Je l’ai laissé là-bas en devenant ce que je suis;
Mais aujourd’hui, en voyant que ce que je suis n'est rien,
Je veux y retourner chercher celui qu'alors j’étais.

Ah, mais comment puis-je le retrouver? Celui qui
L’aller a échoué a le retour erroné.
Je ne sais plus d’où je viens ni où je suis.
De ne pas le savoir, mon âme en est prostrée.

Si au moins en atteignant ce lieu
Une haute montagne, d’où je pourrais enfin
Ce que j’ai oublié, en le regardant, me le rappeler.

En l’absence, au moins, je saurai qui je suis,
Et en me voyant tel que j’ai été de loin, je trouverai
En moi un peu de ce que j’étais ainsi.





A criança que fui chora na estrada.
Deixei-a ali quando vim ser quem sou;
Mas hoje, vendo que o que sou é nada,
Quero ir buscar quem fui onde ficou.

Ah, como hei de encontrá lo? Quem errou
A vinda tem a regressão errada.
Já não sei de onde vim nem onde estou.
De o não saber, minha alma está parada.

Se ao menos atingir neste lugar
Um alto monte, de onde possa enfim
O que esqueci, olhando-o, relembrar,

Na ausência, ao menos, saberei de mim,
E, ao ver-me tal qual fui ao longe, achar
Em mim um pouco de quando era assim.



PESSOA, Fernando. Novas Poesias Inédita

22-9-1933

samedi 5 novembre 2016

Jose Regio - "Fado português / Fado portugais"


José Régio  (1901 -1969), poète portugais

Né à Vila do Conde, nom de baptême : José Maria dos Reis Pereira,
est un écrivain, poète, nouvelliste, dramaturge, romancier..

Poème en l’honneur des marins et navigateurs portugais et les traditions que le peuple tient à préserver!

Voici la publication interprétée par Amália Rodrigues:
Amália Rodrigues - Fado Português publié par fadomeu

Je profite de la traduction que j'avais déjà fait dans un autre post (texte chanté par Amália Rodrigues)
Fado português / Fado portugais

O Fado nasceu um dia, Le Fado est né un jour
quando o vento mal bulia
quand le vent bougeait à peine
e o céu o mar prolongava
, et la mer le ciel prolongeait,
na amurada dum veleiro, sur le pont d’un voilier,
no peito dum marinheiro dans la poitrine d’un marin
que, estando triste, cantava,
qui, en étant triste, chantait,
que, estando triste, cantava. qui, en étant triste ,chantait

Ai, que lindeza tamanha,
Ah, que tant de beauté,
meu chão , meu monte, meu vale,
mon sol, ma montagne, ma vallée,
de folhas, flores, frutas de oiro, de feuilles, de fleurs, de fruits d’or,
vê se vês terras de Espanha,
regarde si tu vois les terres d’Espagne,
areias de Portugal,
les plages du Portugal,
olhar ceguinho de choro
un regard aveugle de pleurs.

Na boca dum marinheiro Dans la bouche d’un marin
do frágil barco veleiro,
du fragile bateau voilier

,morrendo a canção magoada, mourait la chanson attristée,
diz o pungir dos desejos dit l'invocation du désir
do lábio a queimar de beijos
des lèvres brûlants de baisers
que beija o ar, e mais nada,
que l’air, et rien d’autre embrassaient,
que beija o ar, e mais nada.
que l’air, et rien d’autre embrassaient.


Mãe, adeus. Adeus, Maria.
Au revoir, ma mère. Au revoir, Marie.
Guarda bem no teu sentido
Garde bien dans ta pensée
que aqui te faço uma jura
: ce qu'ici je te le jure:
que ou te levo à sacristia,
de t’emmener à la sacristie,
ou foi Deus que foi servido
ou c’est Dieu qui aura été servi
dar-me no mar sepultura
. en me donnant la mer comme sépulture.

Ora eis que embora outro dia,
Mais voici qu’en un autre jour
quando o vento nem bulia
quand le vent bougeait à peine

o céu o mar prolongava, et que le ciel la mer prolongeait,
à proa de outro veleiro
à la proue d’un autre voilier
velava outro marinheiro
un autre marin veillait

que, estando triste, cantava, qui, en étant triste, chantait,
que, estando triste, cantava. qui, en étant triste chantait.

Ai, que lindeza tamanha, Ah, que tant de beauté,
meu chão , meu monte, meu vale
, mon sol, ma montagne, ma vallée,
de folhas, flores, frutas de oiro, de feuilles, de fleurs, de fruits d’or,
vê se vês terras de Espanha
, regarde si tu vois les terres d’Espagne,
areias de Portugal,
les plages du Portugal,
olhar ceguinho de choro.
un regard aveugle de pleurs.


Ecoutons les belles voix de Gonçalo Salgueiro et d'Alexandra :
Lors d'un spectacle de Filipe La Féria, la scène du marin reprend un extrait du texte du poème :


samedi 22 octobre 2016

Alda Lara - "Testamento / Testament"



Alda Lara  –   poétesse angolaise
(née à Benguela, Angola, le 9 juin 1930, décédee à Cambambe en 1932)

de son nom complet Alda Ferreira Pires Barreto de Lara Albuquerque est née dans une famille bourgeoise et aisée d'Angola, à cette époque colonie portugaise, dans un milieu où règnaient des anciens colons qui se proclamaient de l'esprit libéral de l'école républicaine d'avant la dictature.
source: http://www.lusofoniapoetica.com/artigos/angola/alda-lara/biografia-alda-lara.html


Alda a also suivi une éducation profondément chrétienne dont on retrouve les traits dans ses écrits, et aussi profondément liée à son lieu de naissance.
À Lisbonne, elle fit des études à l'université de médecine et maintient des contacts avec la maison des étudiants de l'empire (Casa dos Estudantes do Império) où étaient envoyés les jeunes des colonies.
La poéside d'Alda Lara est empreinte des valeurs africaines qu'elle entend défendre, et s'attache à la cause politique pour l'émancipation des plus faibles et des opprimés.


Voici ma traduction pour vous aider à comprendre le texte édité plus bas:

Testament

À la prostituée la plus jeune
du plus vieux et sombre quartier
 
je laisse mes boucles, faites
de cristal
  limpide et pur...
Et à cette vierge oubliée
jeune fille sans tendresse,
qui rêve quelque part de légende,
je laisse ma robe blanche,
ma robe blanche de mariée,
toute de dentelle tissée...
Et mon vieux chapelet
je l’offre à cet ami
 
qui ne croit pas en Dieu...
Et
  les livres, mes rosaires
des grains d’une autre souffrance,
ils seront pour les hommes humbles,
qui n’ont jamais apprit à lire.
Quant à mes poèmes les plus fous,
ceux, qui sont
  faits de douleur
sincère et désordonnée...
ceux, qui sont faits d’espoir,
désesperé mais ferme,
je te les laisse à toi,
  mon amour...
Pour que, dans la paix de l’heure,
à laquelle mon âme viendra
de loin embrasser tes yeux,
tu ailles en avançant dans la nuit...
avec des pas faits de lune,
les offrir aux enfants
 
que tu rencontrerás dans chaque rue...

et le texte original:


Testamento

À prostituta mais nova
do bairro mais velho e escuro,
deixo os meus brincos, lavrados
em cristal, límpido e puro...
E àquela virgem esquecida
rapariga sem ternura,
sonhando algures uma lenda,
deixo o meu vestido branco,
o meu vestido de noiva,
todo tecido de renda...
Este meu rosário antigo
ofereço-o àquele amigo
que não acredita em Deus...
E os livros, rosários meus
das contas de outro sofrer,
são para os homens humildes,
que nunca souberam ler.
Quanto aos meus poemas loucos,
esses, que são de dor
sincera e desordenada...
esses, que são de esperança,
desesperada mas firme,
deixo-os a ti, meu amor...
para que, na paz da hora,
em que a minha alma venha
beijar de longe os teus olhos,
vás por essa noite fora...
com passos feitos de lua,
oferecê-los às crianças
que encontrares em cada rua...
Alda Lara

mercredi 12 octobre 2016

Hilda Hilst - " Aflição de ser eu e não ser outra - Angoisse d’etre moi et pas une autre".




Hilda Hilst est une poétesse, écrivain et dramaturge brésilienne née le 21 avril 1930 à Jaú, État de São Paulo, Brésil et morte le 4 février 2004. Ses aïeux étaient d’origine portugaise, mais Hilda adopta le nom de famille de son grand-père paternel, un émigré originaire d’Alsace-Loraine.
e_Transgressao_em_Hilda_Hilst_LOURDINHA_LEITE_BARBOSA.pdf

Hilda Hilst questione la condition de la femme dans la société et dans la structure familiale.

Hilda Hilst - photo du net

Aflição de ser eu e não ser outra /L’Angoisse d’être moi et pas une autre.

d'abord ma traduction libre du poème:


L’Angoisse d’être moi et pas une autre.
L’Angoisse de ne pas être, mon amour, celle
Qui te donna des filles, se maria demoiselle
Et que le soir se prépare et se devine
Objet d’amour, attentive et belle.

L’Angoisse de ne pas être la grande île
Que te retient sans t’exaspérer.
(La nuit tel un fauve s’approche)

L’Angoisse d’être l’eau au milieu de la terre
Et d’avoir le visage perturbé et mobile.

Et en un seul instant multiple et immobile
Ne pas savoir s’il faut partir ou s’il faut t’attendre
L’Angoisse de t’aimer, si cela te perturbe.

Et tout en étant l’eau, mon amour, vouloir être la terre.


Et voici le texte original:

Aflição de ser eu e não ser outra.
Aflição de não ser, amor, aquela
Que muitas filhas te deu, casou donzela
E à noite se prepara e se adivinha
Objeto de amor, atenta e bela.
Aflição de não ser a grande ilha
Que te retém e não te desespera.
(A noite como fera se avizinha)
Aflição de ser água em meio à terra
E ter a face conturbada e móvel.
E a um só tempo múltipla e imóvel
Não saber se se ausenta ou se te espera.
Aflição de te amar, se te comove.
E sendo água, amor, querer ser terra.


Hilda Hilst